Avant l'équinoxe: les 10 événements qui ont fait l'été

19 septembre 2014

Avant l'équinoxe: les 10 événements qui ont fait l'été
© HBO Canada

L’équinoxe d’automne arrive ce week-end. Avons-nous eu un bel été? Rayon météo, personne ne s’entend, et l’automne hâtif semble donner raison aux râleurs. Rayon cinéma, la firme Cinéac nous a révélé en début de semaine qu’il a été décevant, avec une baisse d’achalandage dans les salles de 15%.

Les Québécois voient-ils moins de films parce qu’ils fréquentent moins les salles? Aucun indice ne nous permet de le savoir, les distributeurs et fournisseurs de services de VSD n’ayant pas encore trouvé le moyen de dévoiler leurs chiffres d’affaires sans se déculotter devant la concurrence, ni même de s’entendre entre eux sur un modèle de structure comparative.

En d’autres mots, la réalité vraie nous échappe.

Rabattons-nous sur ce qui nous échappe pas : la vie en salles des films. Que s’est-il passé durant le dernier trimestre? Qui a causé la surprise, quel film a déçu, parmi les 70 qui sont sortis?

Dix observations… qui n’ont rien de scientifique :

  1. Début juillet, à peine huit semaines après la sortie en salle de l’accablant Règne de la beauté, de Denys Arcand, la maison de production Cinémaginaire, encaissait un deuxième cuisant échec commercial et médiatique avec Le vrai du faux, comédie d’Émile Gaudreault (De père en flic, Le sens de l’humour). Cinémaginaire, qui vient d’être acheté par le groupe Attraction Médias, devra mettre une croix sur l’enveloppe à la performance. Et pourquoi pas, revoir à la hausse ses critères.
  2. Début août, 1987 donnait enfin à l’industrie du cinéma québécois l’impression qu’il a encore une certaine prise sur le public. La comédie autobiographique de Ricardo Trogi (faisant suite à 1981 sorti six ans plus tôt), succès en salles de l’été produit par Nicole Robert de Go Films, exploite avec finesse des cordes sensibles, porté par un désir irrépressible de raconter, une qualité d’écriture, une forme expressive au service du sujet.
  3. Après avoir séduit Sundance puis la Berlinale, où son réalisateur Richard Linklater a remporté le prix de la mise en scène, Boyhood sortait enfin en salles le 25 juillet, sous un déluge de critiques dithyrambiques. Le film-pari, qui suit durant douze ans (et autant d’années de tournage) l’évolution d’un garçon de la classe moyenne texane, a trouvé son public, principalement dans les salles indépendantes, où il garde encore l’affiche.
  4. Il n’y a pas de règles absolues permettant de prédire le succès commercial d’un film français chez nous. Je n’aurais pas parié sur celui de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu? Or, cet immense succès populaire en France, racontant le bon fond raciste d’un couple de bourgeois de province, a fait un malheur chez nous. Grâce à lui, la petite maison de distribution A-Z Films, spécialisée dans le cinéma français, vient pour la toute première fois de son existence, de franchir le cap du million de dollars de recettes.
  5. Woody Allen sort un film par année, mais en réalise un film marquant aux deux ans. L’année dernière, c’était Blue Jasmine. Fatalement, on en attendait moins de Magic in the Moonlight, comédie d’été pas du tout érotique. Les attentes n’ont pas été déçues.
  6. Snowpiercer, Zulu, The Dog, Metro Manila, sont apparus simultanément au grand et au petit écran (VSD), dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler des «sorties multiplateformes». Le modèle est encore au stade laboratoire. Mais plusieurs lui prédisent du succès, convaincue qu’il imposera très rapidement de nouvelles normes en matière de diffusion. À surveiller de très près.
  7. Un vrai con règle son compte à un pur porc. C’est l’image qui m’est venue à l’esprit en voyant Welcome to New York, bouse pas-regardable d’Abel Ferrara (Bad Lieutenant), dans lequel Gérard Depardieu campe une version fictionnalisée de Dominique Strauss-Kahn.
  8. Le Festival des films du monde et ses dirigeants Serge Losique et Danièle Cauchard ont une fois de plus traversé la tempête, avec l’annonce faite en début d’été du retrait des institutions qui jusque là le subventionnaient. L’événement a eu lieu sans l’argent des contribuables, ce qui en soi prouve qu’il n’en avait pas besoin. Bel exemple!
  9. À 500 kilomètres de là, le Festival international du film de Toronto marque pour la première fois des signes de déclin. Le public est encore nombreux dans les salles, mais sa politique sévère privilégiant les premières mondiales s’est retournée contre le tiff, qui s’est vu ravir de très belles pièces de résistance par les festivals de Venise, Telluride et New York.
  10. Finalement, mon plus grand coup de cœur de l’été, je l'ai eu devant le petit écran, où les dix épisodes de la série The Leftovers (HBO) m’ont comblé à un degré que j’atteins rarement devant le grand. Le sujet? Une petite ville du New Jersey compose avec la vie quotidienne, trois ans après la disparition inexpliquée de 2% de la population mondiale. La structure par diffraction, l’audace narrative, l’intelligence du propos de l’écrivain Tom Perrotta (Little Children), dont le roman paru en 2011 a inspiré cette série, en font un véritable festin pour les yeux et l’esprit. Du bon cinéma en somme, comme la télévision ose en faire régulièrement.


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