Ce qui ne va plus (du tout) avec 19-2

17 mars 2015

Ce qui ne va plus (du tout) avec 19-2
© Ici Radio-Canada

Question quiz comme ça : y a-t-il dans 19-2 un personnage qui n’est pas victime d’une terrible tragédie? Ou qui ne soit torturé par ses démons intérieurs? Ou l’objet d’une vengeance shakespearienne?

La question se pose avec encore plus d’acuité depuis le dénouement du plus récent épisode, alors que la voiture de Chartier (Claude Legault) explosait, emportant dans son brasier sa petite amie enceinte et le fils adolescent de son partenaire de patrouille, Beroff (Réal Bossé).

On devine qui a fait le coup. On en saura plus demain soir. Je serai à l’écoute. Sauf que…

La scène de l’explosion, annoncée à grands renforts de petits détails, regards et «derniers mots dits», marque le sommet absurde de ce drama-fest maussade, désespéré, dostoïevskien, misogyne, qui à force d’en rajouter, couche après couche, au mépris de la vraisemblance, bascule dans l’absurde.

À la mise en scène, Podz nous joue tout ça dans l’éther, les brumes et les apparitions fanomatiques, façon Minuit le soir. Mais la formule a pris de l’âge. Ce qui autrefois coulait de source, le texte et la forme indistinctement osmosés, coince ici comme des tics d’auteur appliqués sur un scénario qui force toutes les notes.

Bref, le cinéaste de Miraculum et Les 7 jours du Talion s’étrangle avec sa corde. Et nous anesthésie dans le processus.

Qui veut encore savoir comment Beroff périra pour avoir dressé Bulgares et Tour Nord les uns contre les autres? Le pourquoi est connu, reste la réalisation patience de son kamikaze meurtrier, auquel se grefferont immanquablement quelques surprises et coups de théâtre pour le maquiller en sacrifice rédempteur.

J’ai suivi 19-2 religieusement jusqu’ici, épaté par la qualité de l’écriture, la profondeur des personnages et l’habileté des développements. Depuis les trois ou quatre derniers épisodes, j’ai l’impression que les réserves se sont épuisées. Et que le lent suicide de Beroff est également celui de la série.



3 commentaire(s)

  • 2015-09-01 12:11:57
    Nos séries québécoises souffrent d’un même pathos : dialogues appuyés à la Fabienne Larouche, des acteurs qui jouent pas mais font dans le patibulaire, des relents d’onirisme, souvent pas très rapports, pour sauver le spectateur d’un ennui fatal. Je viens de terminer la télésérie FARGO, issu du chef d’ouvre des frères Coen. Un pur délice, sans déluge budgétaire, juste de la bonne écriture et un casting/ mise en scène inspirés. Que font les producteurs???
  • 2015-04-13 00:59:22
    Podz pas capable. C'est toujours gris bleuté avec sa muse sans expression (Legault) qui ne sait jouer qu'un rôle, celui-là et probablement aussi lui-même dans la vraie vie, on dit qu'il prend le style de CSI:NY et l'applique comme un canevas hollywoodien à tout ce qu'il touche, commet, réalise. Les meilleurs réalisateurs sont ceux qui sont capables de jouer dans des registres différents sans qu'on soit obligé de déclarer qu'ils sont des prêtes-noms car une ambiance commune impreigne leur oeuvre. Quand c'est rendu que je suis capable de dire quel annonce à la TV ce cher Podz a réalisé (la présence de Legault la Muse est un monstrueux indice), il est temps que ce réalisateur soit brevète son style ou retourne à l'école se recycler mais le vrai talent ne s'acquiert pas sur un banc.
  • 2015-03-18 10:57:05
    Je suis une fan finie, et pourtant je ne peux nier que j'en suis venue à la même conclusion à la fin du dernier épisode. J'aimais 19-2 pour toutes ces mises en situations policières qui étaient d'un réalisme époustouflant. Maintenant, plus rien, les personnages et leurs histoires prennent toute la place, laissant peu d'espace aux interventions qui, il me semble, étaient le fondement initial de l'émission.