Corbo au tiff: Drôle d'endroit pour une rencontre

5 septembre 2014

Loading the player...

(images parlantes à Toronto) Jean Corbo est mort à 16 ans, en 1966. Le jeune felquiste posait une bombe dans le stationnement de la Dominion Textile lorsque l’engin lui a explosé au visage. Plus ou moins occultée dans les livres d’Histoire, sa petite histoire est aujourd’hui mise en lumière par Mathieu L. Denis dans Corbo, un film bien fait, intelligent, un brin pédagogique il est vrai, projeté en première mondiale au Festival international du film de Toronto.

Toronto? Oui, Toronto. Qui aurait cru cela possible en 1995? Par son approche inclusive, qui privilégie le récit délicat façon Jutra au dogme beuglé circa Falardeau, le film universel s’aligne à tous les autres plaidoieries dénonçant l’oppression, qu’elles se fassent entendre depuis l’Irlande ou l’Arménie. Ce qui explique son inclusion dans une tribune internationale comme Toronto, où le Québec souverain rêvé par les voisins appartient désormais au folklore.

Au plan local toutefois, Corbo ne pouvait pas arriver à un moment plus propice. À l’heure où le Bloc et le Parti québécois sont en déroute, tant à l’interne qu’auprès des électeurs, le coréalisateur de Laurentie (avec Simon Lavoie) nous reporte à une époque, les années 60, où le projet de pays prenait tout son sens et son urgence, à travers la voix et les actions de ses militants de l’ombre. Corbo, cela dit, n’est pas un film à thèse. C’est au contraire un aide-mémoire, une mise à plat des enjeux qui ont donné naissance au projet souverainiste.

Denis ne laisse rien au hasard. Sa caméra mobile capte les regards, les détails, les malaises, les discours et les sentiments, souvent en contradiction. S’il pêche par excès d’application par moment (dans la première partie surtout, un peu sur-amidonnée), le cinéaste attentionné ne lâche jamais des yeux son jeune héros (excellent Anthony Therrien), un fils d’immigrants italiens, qui trouve dans le FLQ le miroir de la quête identitaire qui l’oppose à son père (le trop rare Tony Nardi). À cet égard, on prendra plaisir à dresser des parallèles entre cet adolescent en quête de sens et l’alter ego de Ricardo Trogi dans 1987. Vingt ans à peine séparent ces deux personnages si loin, si proches.



0 commentaire(s)