Faux départ, vrai (beau) jury

5 février 2015

Faux départ, vrai (beau) jury
© Berlinale

La Berlinale s’ouvrait jeudi soir avec la projection en première mondiale de Nobody Wants the Night, une très pesante coproduction de l’Espagnole Isabel Coixet (My Life Without Me, Elegy). (Fiche de Mediafilm) Plus tôt dans la journée,  sur une note beaucoup plus légère, la conférence de presse du jury présidé par l’Américain Darren Aronofsky (Requiem for a Dream, Black Swan, Noah) a marqué pour la presse le coup d'envoi officiel de cette 65e édition de l’événement dirigé par Dieter Kosslick.

Pour une rare fois, ce passage obligé pour le jury tenu au secret professionnel — et donc fertile en litanies et phrases creuses — a permis aux journalistes présents (la salle était bondée) de faire plus ample connaissance avec ses membres, décontractés et de bonne humeur, de prendre conscience des affinités de chacun (Daniel Brühl et Audrey Tautou, quel beau couple ça ferait à l’écran) et bien entendu, de mesurer la vivacité d’esprit de son président.

«Quelles sont les chances de voir un film chinois remporter un deuxième Ours d’or consécutif?» demandait une journaliste de Beijing, en référence à la victoire l’année dernière de Black Coal, Thin Ice, de son compatriote Diao Yi’nan: «Nous sommes en démocratie. Donc, je ne saurais le prédire», a répondu du tac au tac Darren Aronofsky..». Ouch!

On le sait, à l’heure où le réseau des salles de cinéma se fragilise, où les plateformes de visionnement se multiplient en favorisant l’éclosion d’une offre de produits culturels différents, dont les téléséries et les jeux vidéos composent la face la plus visible pour le moment, les festivals font vivre les deux tiers des films de la planète.

Même une compétiton de l’envergure de celle de Berlin ne garantit plus la circulation des films qui remportent des prix. J’en veux pour preuve Black Coal, Thin Ice, justement, qui n’est jamais sorti en salles en Amérique du Nord. À l’autre bout du spectre, fait remarquer Daniel Brühl, «Goodbye Lenin [dont il est la vedette] n’a rien remporté, lors de son passage en compétition officielle en 2006. Mais la Berlinale a marqué le début d’une grande aventure», pour cette vibrante comédie sur la réunification de l'Allemagne, applaudie partout dans le monde.

Quelle est donc la responsabilité des jurés, parmi lesquels on retrouve également le Sud-Coréen Bong Jon-ho (Snowpiercer, The Mother) et la Péruvienne Claudia Lloas (La teta asustada, Ours d’or en 2009), ainsi que la productrice américaine Martha De Laurentiis (Hannibal) et le créateur et auteur de la série Mad Men, Matthew Weiner? «Nous comparons des pommes et des oranges, admet Aronofski. C’est un cliché, mais c’est vrai. Les compétitions sont hautement subjectives. Les festivals comme celui-ci servent à mettre en lumière des films qui, autrement, auraient du mal à exister. À Venise, mon film The Wrestler était sorti de nulle part. Le lion d’or que j’ai remporté lui a donné l’impulsion dont il avait besoin.»

Le jury dévoilera son palmarès samedi prochain le 14 février. D’ici là, ses membres auront visionné 19 longs métrages, parmi lesquels ceux de plusieurs poids-lourds tels que Terrence Malick (Knight of Cups), Benoît Jacquot (Journal d’une femme de chambre) et deux monstres sacrés allemands, Werner Hrezog (Queen of the Desert) Wim Wenders (Every Thing Will Be Fine).



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