Festival de Cannes: Le point sur la compète

20 mai 2014

Festival de Cannes: Le point sur la compète
© Métropole Films Distribution

(images parlantes au Festival de Cannes) Au moment d’écrire ceci, la compétition officielle du Festival de Cannes a déjà dévoilé les deux tiers de ses candidats à la Palme d’or (12 films sur 18), qui sera décernée samedi soir par la présidente du jury Jane Campion (La leçon de piano). À ce stade, aucun film n’a encore rallié tout le monde, comme l’avait fait l’an dernier La vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche.

Ce qui augure bien pour Mommy, de Xavier Dolan, qui sera projeté demain mercredi et qui représente le Canada dans une compétition qui en compte deux autres produits chez nous: le très décevant Captive, d’Atom Egoyan (ici mon compte-rendu), et le surestimé Maps to the Stars, conte morbide et rêve fiévreux de David Cronenberg, qui malgré ses qualités d’écriture évidentes fait l’effet d’une “inside joke” sur Hollywood et ses fous.

En conférence de presse, Cronenberg s’en défend bien toutefois: «Ça serait réducteur de n’y voir qu’un film sur Hollywood ou l’industrie du cinéma. Vous pourriez camper l’intrigue dans Silicon Valley, ou à Wall Street, dans n’importe quel endoit où les gens sont ambitieux, effrayés, désespérés par la crainte de diaparaître. Parce que l’industrie la rejette, Havana [le personnage joué par Julianne Moore] est terrifiée à l’idée de cesser d’exister. Ça équivaut pour elle à mourir de son vivant.»

Un prix pour cet opus mineur d’un cinéaste qui nous a donné au sommet de sa forme A History of Violence et Eastern Promises? Rien n’est impossible, d’autant qu’il pourrait toucher une corde sensible auprès de Jane Campion, quia vomi Hollywood après l’expérience de In the Cut.  Personnellement, je suis davantage d’espoirs (trop peut-être?) sur les films encore non dévoilés de Ken Loach (Jimmy’s Fall), déjà palmé pour The Wind that Shakes the Barley, et d’Olivier Assayas (Sils Maria). Récipiendaire du Lion d’or à Venise en 2003 avec Le retour, ainsi que du prix du jury Un certain regard en 2012 avec Elena, le Russe Andrey Zvyagintsev pourrait causer la surprise, à un jour de la fin, avec son très attendu Leviathan.

Bref, rien n’est encore joué, même si du lot quelques candidats sérieux se profilent, à commencer par Winter Sleep, le magnifique nouveau film du Turc Nuri Bilge Ceylan, sorte de Scènes de la vie conjugale conjugué au théâtre de Techékov. À ce stade, je lui décerne ma palme personnelle, ex-aequo avec Foxcatcher, brillant opus de Bennett Miller (Capote, Moneyball), dont on prédit déjà que Steve Carrell, jouant un milliardaire mécène prenant sous son aile des lutteurs olympiques, obtiendra le prix d’interprétation. Et même l’oscar, la presse américaine ayant déjà convenu de la chose et malin qui saura la faire taire.

Également au nombre aspirants à la Palme, on compte les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne, deux fois palmés d’or dans le passé (pour Rosetta et L’Enfant). Deux jours, une nuit est porté par un souffle de la simplicité et de la rigueur, avec une Marion Cotillard éclatante de retenue dans la peau d’une ouvrière mère de famille qui dispose d’un week-end pour convaincre ses 16 collègues de renoncer à leur prime de mille euros afin qu’elle puisse échapper au licenciement. À travers la quête de cette femme qui émerge d’une dépression, les cinéastes belges dressent une sorte d’état des lieux de l’Europe contemporaine où, dans une économie qui vacille, les entreprises dressent les travailleurs les uns contre les autres, tuant la solidarité qui faisait leur force. Je ne peux pas imaginer un palmarès sans les Dardenne, surtout lorsqu’ils sont en aussi bonne forme.

La reste de la compétition vu jusqu’ici se constitue d'un mélange assez inégal de genres et de styles. Le très drôle film à sketches Les nouveaux sauvages, de l’Argentin Damian Szifron, arbore fièrement la marque d’El Deseo, la société de Pedro Almodovar, qui l’a coproduit. Le cinéaste y raconte, à travers six histoires délirantes, la corruption et le déclin des valeurs de son pays encore marqué par le récent démantèlement de son économie. Mais l'exercice ultra-stylisé, qui déboule sans temps mort (un exploit dans le genre), affiche rapidement ses limites.

Dans Les merveilles, l’Italienne Alice Rohrwacher brosse elle aussi un portrait social, minimaliste cependant, de l'Italie rurale contemporaine, à travers une intrigue impressionniste qui tourne en rond. Également décevant, malgré des moments de fulgurante beauté stylistique: Still the Water, de la Japonaise et enfant-chérie de Cannes Naomi Kawase. Il s'agit d'une oeuvre poétique à la symbolique un peu pesante (pensez Léa Pool, première période) accrochée au destin de deux adolescents insulaires face à l'amour, la mort et la séparation.

Cela étant dit, les jurés sont des humains, pas des machines. Comment savoir, parmi tous ces films, lesquels auront trouvé le chemin très privé de leur coeur?



0 commentaire(s)