L’ambiance de l’URSS, l’innocence de la jeunesse.

2 juin 2014

Loading the player...
© Les Films Séville

En 1979, Anne Weil, jeune Française de 18 ans, profite d’un voyage organisé en Union Soviétique pour aller à la rencontre de refuzniks (dissidents juifs) et leur vanter les vertus de l’État d’Israël comme terre d’accueil. Trente-cinq ans plus tard, elle s'inspire de cette expérience pour tourner Les interdits (horaire), son tout premier long métrage, coréalisé avec son mari Philippe Kotlarsky. Leur film raconte l’histoire de Carole (Soko) et Jérôme (Jérémie Lippmann), cousins vaguement amoureux l’un de l’autre, qui découvrent au pays de Dostoïevsky une réalité bien différente de celle qu’ils avaient imaginée.

Qu’avez-vous retenu de ce voyage, avec le recul du temps?

Anne Weil – Je suis encore marquée par la découverte de la dureté de ce monde, moi, jeune Française sans vécu, qui ne savait pas ce que signifie de vivre dans un pays sans liberté.

Pourquoi vous êtes-vous mis à deux pour la raconter?

Philipe Kotlarsky – L’idée de réaliser un film à deux déroge avec l’idée, surtout ici en France et probablement aussi au Québec, du cinéma d’auteur, qui veut qu’une oeuvre ne puisse être que de la main d’une seule personne. Mais cette idée est sans cesse battue en brèche par la réalité du cinéma, où beaucoup de réalisateurs travaillent en duo, sans que ça se sache. Dans notre cas, la chose s’est imposée un peu parce que nous avions deux projets parallèles. Par crainte que le deuxième ne se fasse pas, nous avons décidé de faire à deux le premier.

C’est parti de votre histoire, mais en même temps, la fiction a pris le dessus. Avez-vous eu peur de trahir votre propre souvenir?

A.W. – Non, nous n’avons pas essayé de raconter mon histoire de manière précise. Notre but, c’était de rendre l’ambiance, la sensation de ce que c’était. Ce qui est fantastique avec le cinéma, c’est qu’on peut faire revivre un monde qui n’existe plus. On voulait vraiment recréer ce monde comme si l’histoire se déroulait maintenant. Avec quand même une photographie qui rappelle quelque chose du souvenir, reconstitution oblige, mais en même temps, le rendre le plus vivant possible.

Le recul du temps nous permet aujourd’hui de dire que Carole est elle aussi une endoctrinée qui cherche à libérer des gens.

P.K. – Effectivement, ce qui moi, m’a beaucoup séduit dans l’histoire que m’a racontée Anne, c’est qu’elle traite de l’éducation sentimentale et politique de deux jeunes gens qui ont 18-20 ans, à une époque où le monde est encore très fortement clivé, particulièrement en Europe.

A.W. – C’est juste ce que vous dites. Ils sont censés aller là-bas pour parler d’Israël, mais elle est tellement naïve. C’était un risque de rendre compte de cette naïveté, quitte aussi à accepter que Carole puisse paraître ridicule dans son enthousiasme. À 18 ans, elle veut sauver le monde. Plein de jeunes aujourd’hui font pareil. Son histoire n’est pas sans échos. Pour sa part, Jérôme, plus mûr, plus lucide, est forcément aussi plus rabat-joie.

P.K. – Quand on est militant, mieux vaut s’armer de certitude. Il se retrouve dans une situation totalement paradoxale, puisqu’il a accepté de suivre Carole pour les mauvaises raisons. Et il se retrouve complètement en porte-à-faux dans une espèce de mission humanitaire auprès de ses coreligionnaires. Or, lui-même se sent si peu Juif. Il se demande sans arrêt ce qu’il fout là.

Les interdits étant une coproduction canadienne, la post-production s'est déroulée à Montréal. Quel souvenir gardez-vous de la ville?

A.W. - Nous y sommes restés deux mois et nous avons adoré. Du coup, on en a profité pour faire le tour de la Gaspésie…

P.K. – Fin octobre, début novembre.

A.W.  – Hors saison! Tout le monde nous le déconseillait.

P.K.  – Mais c’était magnifique. Il y avait encore quelques feuilles jaunes et rousses… C’était la fin de l’automne.

Voir ici la fiche de Mediafilm



0 commentaire(s)