L’empereur ou l’Impérial: quel monument sauver?

3 juillet 2014

L’empereur ou l’Impérial: quel monument sauver?
© Archives Festival des films du monde

Quelques voix se font entendre ces jours-ci pour se porter à la défense de l’empereur Serge Losique et de son Festival des films du monde. Qu’il faudrait sauver, comme on sauve un bronze d’Alfred Laliberté enseveli sous les décombres. Ou une bibliothèque dans un no man’s land.

Le Cinéma Impérial s’ajoute maintenant à la liste des monuments à sauver.

En effet, cette semaine, le conseil d’administration du FFM annonçait qu’il envisageait de vendre ou d’hypothéquer le Cinéma Impérial, reconnu propriété d’une OBNL gérée par le FFM.

But de l’opération : éponger le déficit accumulé de 2,5 millions de dollars de l’organisation et garantir la tenue, du 21 août au 1er septembre, de l’événement que les trois palliers de gouvernement refusent de soutenir plus longtemps, avec raison.

Cette triste nouvelle montre bien le haut niveau d’aveuglement et d’irresponsabilité des administrateurs et gestionnaires du FFM. Ceux-ci sont en effet prêts à faire couler une institution, le dernier grand palace de Montréal, reconnu en 2001 monument historique par le Ministère de la Culture et des Communications, pour en sauver une autre, qui l’entraînera aussitôt dans son naufrage.

Rappelons que l’Impérial, vendu par la Ville de Montréal au FFM au coût de 1$ à la fin des années 90, a subi de très importantes rénovations au fil des ans, dont la plus récente (2002-04) a été généreusement subventionnée par Québec et Ottawa à hauteur de près de 3 millions de dollars.

Le FFM n’en a subi aucune, de rénovation. Et tout l’argent public versé pour son maintien n’a pas empêché l’événement de péricliter et ses dirigeants de pelleter des nuages en l’absence évidente d’un plan de relance. Qu’il aurait fallu mettre en  place dans les années 90.

Pleines de bonne volonté, ces voix qui se portent à la défense du FFM ont vingt ans de retard. Elles s’accrochent à une perception désuète de Montréal comme centre névralgique de la cinéphilie. À une image glamour de Jane Fonda fendant la foule lors de la soirée d’ouverture du FFM, en 1985, Pierre Elliot Trudeau sur les talons. À l’idée d’un FFM qui sert à la fois de courroie de transmission dans la circulation mondiale des films, d’aimant pour les amoureux du 7e art et de tremplin pour les distributeurs d’ici.

La fête est terminée depuis longtemps. Le FFM ne peut être sauvé. Et pas seulement en raison de sa mauvaise gestion et de sa programmation médiocre. Il ne peut être sauvé parce qu’il a disparu des écrans radars et du créneau qu’il prétend occuper.

«Montréal a besoin d’un festival de cinéma d’envergure internationale», chantaient en chœur nos institutions en 2005, alors qu’elles ordonnaient la création artificielle d’un événement devant supplanter le FFM déjà très hypothéqué par la maladie.

À l’époque, on pouvait encore se bercer de l’illusion. L’idée, qui apparaît complètement farfelue aujourd’hui, était déjà d’un autre temps. Rappelons en effet que le FFM a été créé en 1979 dans l’intention de remplacer le festival de Venise qu’on disait mourant.

Aucun nouveau festival compétitif d’envergure internationale n’attend en coulisse que le FFM perde son créneau pour le lui ravir. Du reste, aucun nouveau festival compétitif d’envergure internationale ne verra plus jamais le jour, ici ou ailleurs. Du moins, dans le modèle actuel, qui date de l’après-guerre.

À l’heure du virage numérique et des plateformes de diffusion web, le festival de demain est à inventer. Mieux vaudrait se pencher sur la table à dessin plutôt que d’investir dans la résurrection d’un festival fondé sur un modèle ancien.

Et par la même occasion, sauver le Cinéma Impérial et les fonds publics qui serviront à éponger son déficit quand le FFM aura vraiment rendu l’âme.



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