Les derniers cris et chuchotements du FFM

5 juin 2014

Les derniers cris et chuchotements du FFM

Le gouvernement Couillard prévoit aujourd’hui faire adopter le projet de loi 52, mieux connu sous le vocable Mourir dans la dignité. Le même jour, la SODEC, par la voix du quotidien Le Devoir (lire ici), annonce qu’elle cesse de soutenir le Festival des films du monde (FFM). L’un n’a rien à voir avec l’autre. Mais la coïncidence hautement ironique mérite d’être signalée.

Moribond depuis près de deux décennies, le FFM, dont la 38e édition doit avoir lieu du 21 août au 1er septembre, doit sa survie à l’engagement et à l’endurance de ses hauts dirigeants Serge Losique et Danièle Cauchard, qui devant la baisse d’auditoire et de prestige de leur événement, ont adapé leur rhétorique et enfilé des lunettes roses. Il la doit surtout à la mansuétude des institutions publiques telles que la SODEC et Téléfilm Canada, qui le financent les yeux fermés, en pure perte et ne le sachant que trop.

Rappelons qu’en 2005, ces mêmes institutions, sous l’impulsion d’une étude accablante réalisée en 2004 par la firme SECOR, et sur les conseils de personnalités influentes du monde du cinéma (Roger Frappier, Denise Robert, etc.), avaient retiré leur appui au FFM pour lancer en grande fanfare un événement concurrent, le Festival international du film de Montréal. Celui-ci est tombé dès sa première édition, par manque d’intérêt du public. Après deux années à se morfondre pour leur erreur, et dans l’incapacité évidente de mettre au monde une politique digne de ce nom en matière de diffusion cinématographique, la SODEC et Téléfilm Canada avaient fait marche arrière et débloqué des fonds pour relancer le FFM, au motif non avoué qu’il avait survécu à sa propre mise à mort.

Bref, avec l’argent des contribuables, les institutions ont payé leur erreur et, selon moi, remboursé leur dette envers le FFM. Lequel, dans l’intervalle, n’a pas su faire valoir, dans un monde en pleine mutation, sa vision, sa pertinence et sa bonne gestion. Son public vieillit et se raréfie. Les films programmés ont peu de rayonnement, de sorte que l’événement souffre lui aussi de ce manque de visibilité à l’international. Seules les agences gouvernementales encore plus mal avisées que les nôtres (Chine, Japon) y dépêchent des délégations. Dans les couloirs du Hyatt, quartier général de l'événement, on entend les mouches voler.

Tout cela a été dit et redit, dans des contextes beaucoup plus houleux et polarisants que celui d'aujourd'hui. Le temps des cris est révolu. Depuis longtemps déjà, on chuchote au chevet du FFM, déclassé sur son propre territoire par le Festival du Nouveau cinéma, Cinémania et les Rencontres internationales du documentaire. Le départ annoncé de Danièle Cauchard s'inscrit par ailleurs dans une cruelle absence de relève et de perspective pour l’avenir. La nature allait se charger, dans la douleur d’une lente agonie, de mettre fin au FFM. J'ai l'impression que la SODEC (et toutes les autres institutions qui lui emboîteront le pas) lui offre, en avant-première, l’option de mourir dans la dignité.



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