Love Is Strange ou Le temps de l'amour

16 septembre 2014

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© Métropole Fils Distribution

Un adolescent pleure dans la cage d’escalier d’un immeuble de Manhattan. La scène, qui survient à la toute fin de Love Is Strange, renverse complètement notre perspective sur le tout nouveau long métrage de l’Américain Ira Sachs (Married Life, Keep the Lights On). Pour chaque vie qui s’achève, une vie qui commence, conclut implicitement le cinéaste dans cette oeuvre puissante et libre sur le temps, sur l’amour et sur le temps de l’amour.

Instants de grâce, éclairs de beautés, images parlantes, sonates de Chopin, Love Is Strange, à l’affiche dès vendredi, déborde de tout ça. Dans un contexte où l’épate formelle et le prêt-à-penser ont la cote, un film à lire et à interpréter comme celui-ci fait un bien fou.

Sachs nous fait ici pénétrer dans le petit monde des intellectuels new-yorkais, frange de la société qu’on croyait disparue du cinéma américain depuis que Woody Allen donne dans le tourisme grand luxe. Au centre du tableau : deux hommes qui ont connu les belles années de Greenwich Village, et qui se retrouvent aujourd’hui marginalisés par la société bourgeoise et friquée qui a pris d’assaut le quartier. Plus libres qu’avant, moins libres qu’avant, George (Alfred Molina, très juste) et Ben (le trop rare John Lithgow)?

Paradoxalement, l’histoire démarre sur leur noce joyeuse, super-symbole d’une révolution gagnée. En couple depuis 39 ans, ils filent encore le parfait bonheur. Mais le mariage provoque leur chûte. George, prof de musique dans une école privée catholique où son homosexualité était tolérée, perd son emploi pour avoir rompu le silence. La pension de retraite de Ben, plus âgé, ne suffit pas à payer l’hypothèque. Il faut vendre le bel appartement et, en attendant d’en trouver un à leur portée, aller dormir séparément, George sur le canapé d’un ami, Ben dans la chambre de son petit-neveu en pleine crise d’adolescence. La suite n’a rien de sordide, bien au contraire.

Love Is Strange est en fait une odyssée initiatique, racontée dans la perspective de personnages qui, par leur amour des livres et de l’art, savent appréhender les épreuves et sublimer les malheurs. Des modèles humains hautement imparfaits, franchement vrais, dans un film trop modeste (et trop vrai) pour faire éclater en surface sa propre perfection. Mais pour vous donner une idée, sachez qu’on y retrouve la même spontanéité qui faisait la magie des scènes de famille dans Hannah and Her Sisters. Ne serait-ce que pour cela…

Dàs le 19 septembre au cinéma Cineplex Odeon Forum.



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