Martine Mauroy, batailleuse de l’ombre

8 octobre 2014

Martine Mauroy, batailleuse de l’ombre
© Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

Création et résistance sont les mots qui viennent spontanément à l’esprit à l’évocation du nom de Martine Mauroy.

Ce petit bout de femme discret, mais qui n’en pense jamais moins, veille entre autres aux destinées de la revue de cinéma Ciné-Bulles. Sous sa gouverne, l'Association des cinémas parallèles du Québec a également donné naissance aux Rendez-vous du cinéma québécois.

Son parcours compte mille et une autres réalisations, incluant le programme d’éducation cinématographique L’œil cinéma, ainsi que la fondation en 1992 du Réseau plus, qui transporte dans les régions — d’Alma à Waterloo en passant par Gaspé, Jonquière et Rouyn-Noranda (une cinquantaine de villes au total) — des films qui autrement ne seraient jamais diffusés en dehors des grands centres urbains.

Ce dernier axe d’intervention formait le cœur de son discours de remerciement. La voix chevrotante sous l’assaut de l’émotion et de l'attention (femme de l'ombre, elle n'a pas l'habitude d'être au centre de la photo), Mauroy invoquait la difficulté de faire comprendre à l'industrie et aux décideurs le rôle d'éclaireur joué par le Réseau Plus.

Les plus gros distributeurs, inféodés aux exploitants des salles commerciales qui voient le Réseau Plus comme un concurrent qu’il faut maintenir dans un état de précarité, se font tirer l’oreille pour fournir leurs films, surtout les plus récents. Du même souffle, Mauroy rappelait aussi que bon nombre de Québécois n’ont pas accès, sur grand écran, aux films produits au Québec.

Un non sens, auquel pourrait pallier l’Association pour le cinéma sur grand écran (ACGA), inaugurée la semaine dernière. Pensez-vous! Placée sous la direction du président de Ciné-Entreprise Raffaele Papalia, un opposant bien connu du Réseau plus, cette chambre de commerce déguisée en osbl humanitaire vise avant tout le maintien des acquis et la survie des commerçants du cinéma, inquiétés par la baisse de fréquentation dans les salles qu’ils viennent d’adapter au tout-numérique à grands frais – et en en s’endettant, pour la plupart.

Défendre le cinéma sur grand écran, Martine Mauroy a fait ça toute sa vie. Mais elle ne fait pas partie de l’ACGA, pas plus que les dirigeants des festivals de cinéma et les diffuseurs des salles de répertoire (Excentris, Beaubien, Le Clap, Tapis rouge, etc.), qui font un travail très semblable au sien : lier les gens à des films, plutôt que des culs à des fauteuils.

Martine Mauroy a toujours su faire la différence entre ces deux missions. Elle a choisi la plus noble et la moins payante. Ce prix hommage, au nom d'un ancien président de la Régie du cinéma qui a abattu les barrières de la censure, confirme qu'elle avait, et qu'elle a encore, raison.



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