Maxime Giroux: Enfin!

15 septembre 2014

Maxime Giroux: Enfin!
© FunFilm Distribution

(images parlantes au tiff) Demain et Jo pour Jonathan, deux films maussades et auto-contemplatifs, avaient manqué de me convaincre de l’importance de Maxime Giroux dans le paysage du cinéma québécois. Félix et Meira, son nouveau long métrage projeté en première mondiale au Festival international du film de Toronto la semaine dernière, m’a au contraire fait l’impression d’un premier film réussi. Comme Rafaël Ouellet l’a fait avec Camion, Giroux ouvre enfin son jeu au lieu de le fermer, invitant les spectateurs à pénétrer dans son récit, et dans la tête de ses personnages, plutôt que de les laisser sur le seuil.

Ironiquement, il est beaucoup question de portes ouvertes et fermées dans Félix et Meira, une oeuvre en demi-teintes qui fredonne sa petite musique terrienne à la faveur d’une histoire d’amour inattendue entre un Montréalais immature et indépendant de fortune (Martin Dubreuil) et une mère juive hassidique du Mile-End (Hadas Yaron, vue dans Fill the Void) piégée dans un mariage arrangé.

Avec maladresse, ces deux destins croisés sur le trottoir, se retrouvent derrière la porte de Félix, lieu interdit pour Meira, trop curieuse d’y découvrir les dessins accrochés au mur, son bébé dans les bras servant de trait d’union poétique entre son monde et le reste du monde. Les rapprochements subliminaux entre l’homme et la femme les conduisent sur un territoire interdit et miné, où les choix obligés de Meira, en possible rupture de ban, renvoient en miroir les effort que Félix doit fournir pour reconnaître les liens qui le rattachent à sa propre famille.

Michel Brault avait lui aussi pénétré l’intimité de la communauté juive hassidique dans son beau téléfilm Shabbat Shalom, en 1992. Sans se dégager de sa responsabilité documentaire (au contraire, le film est un monument de précision), Maxime Giroux nous transporte avec finesse et douceur, dans l’espace commun à ses deux héros et qui a permis leur rencontre: celui de la solitude.

Une solitude qui renvoie à celle de son auteur, un excentré du milieu qui pourrait, grâce à ce film réussi, grâce à ce prix mérité, en sortir. Enfin!

Félix et Meira prendra l'affiche au Québec au début de 2015.



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