Reine Victoria

7 février 2015

Reine Victoria

Elle s’appelle Victoria. Elle est espagnole, elle vit temporairement à Berlin et, l’espace d’une nuit, elle vivra ce que d’autres mettent toute une existence à connaître. Voilà une façon bien mystérieuse, je le sais bien, de décrire un film, en l’occurrence Victoria, réalisé par l’Allemand Sebastian Schipper et concourrant pour l’Ours d’or à Berlinale.

Or, les mots me manquent pour vous dire l’effet qu’au eu sur moi ce formidable drame de la jeunesse en déroute, composé d’un seul plan. De 140 minutes, le plan. «One girl. One city. One night. One take.», annonce d'entrée de jeu l’affiche du film, placardée un peu partout sur la PotsdamerPlatz. Sans cette accroche, je n’y serais pas allé. Vive la publicité, que je me suis dit en émergeant de ce périple clandestin et périlleux tourné d’un seul élan, en temps réel, dans les rues et sur les trottoirs de Berlin endormie.

En Victoria et en son interprète, l’épatante Laia Costa, la Berlinale s’est trouvé une reine. Un autre exploit, en cette année où la programmation du festival dirigé par Dieter Kosslick regorge de personnages féminins forts, dont plusieurs sont joués par des stars mondiales.  

Nicole Kidman, le visage laminé et la poitrine gonflée à l’hélium, ne fait pas le poids devant la composition vraie et naturelle de Laia Costa, même si Queen of the Desert, l’épopée mi figue mi raisin de Werner Herzog dont elle est la vedette, se laisse regarder.

Femme de tête, tête de pioche, Juliette Binoche n’est pas non plus au sommet de sa forme et de son art dans le très ennuyeux Nobody Wants the Night, de l’Espagnole Isabel Coixet, qui était projeté en ouverture.

Une star qui n'a pas déçu jusqu'ici: Léa Seydoux. L’interprète de La Vie d’Adèle, qui a annulé sa venue à la Berlinale pour cause de conflit d’horaire avec le tournage du prochain James Bond, résonne ici par la voix de Célestine, son personnage de domestique opiniatre et lucide dans l’excellent Journal d’une femme de chambre de Benoît Jacquot. 

Tandis que le cinéma dit mainstream s’attache aux destins féminins grandioses ou romanesques, le cinéma d’auteur mondial, toujours bien défendu par les programmateurs de la Berlinale, se tourne vers les héroïnes du quotidien. J’en veux pour preuve Ixcanul (Volcan), un grand petit film de Jayro Bustamante sur les moyens entrepris par une mère Cakchiquel (une nation maya du Guatemala) pour sauver sa famille après que sa fille adolescente, promise au patron de son mari, soit tombée enceinte d’un voyou. 

Maria Telon et Maria Mercedes Coroy, les deux fabuleuses interprètes non professionnelles de ce film, brillaient de tous leurs feux samedi, en costume traditionnel, sur le tapis rouge déroulé devant le Berlinale Palast. Grâce à elles et à Victoria, l’édition 2015 de la Berlinale restera certainement gravée dans nos mémoires comme l’année de la femme.



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